Joie, inquiétude, stress, excitation… les sentiments que suscite un déménagement sont nombreux. Mais c’est la colère qui domine lorsque, à l’arrivée dans son nouveau domicile, on constate que des cartons ont disparu. On se jure alors de ne plus s’adresser au déménageur choisi et, dépité, on fait une déclaration à la Maif. Celle-ci mandate alors parfois un expert afin qu’il vérifie les éléments de la déclaration. C’est de ce moment fastidieux que peuvent parfois sortir, pourtant, la surprise et la satisfaction, de la part aussi bien de l’assuré que de l’expert diligenté par la Maif, comme le révèle l’histoire qui m’est arrivée il y a une vingtaine d’années.
Lorsque mes cartons furent livrés dans mes nouveaux murs, j’entrepris de les ouvrir pour en ranger le contenu. Une fois tous les meubles installés et les paquets vidés, je découvris que deux cartons manquaient. Ils s’étaient volatilisés, et tout leur contenu avec ! Le premier était un carton de bouteilles de vin, achetées peu de temps avant mon déménagement, et le second était rempli d’objets décoratifs, dont une sculpture de Chana Orloff : « Maternité », une ‘femme à l’enfant’ en bois, réalisée par l’artiste en 1914.
Je m’empressai donc de faire une déclaration à la Maif qui dépêcha un expert chez moi, lequel me demanda de produire les factures des objets manquants. S’il me fut aisé de répondre à sa requête pour ce qui était des bouteilles de vin et pour certains objets, en revanche, il me fut impossible de lui fournir la facture de la sculpture car celle-ci m’avait été offerte.
Je lui remis donc la facture du carton de vin. L'ayant examinée, l’expert, qui remplissait scrupuleusement sa tâche, sourcilla: « Mais dites donc, le montant de la facture ne correspond pas au montant porté sur votre déclaration ! ». Je lui expliquais alors que j’avais déjà consommé une des bouteilles achetées et que, au moment du déménagement, le carton contenait, non plus douze, mais onze bouteilles seulement. C’est donc le montant de onze bouteilles que j’avais porté sur ma déclaration, celui-ci étant dès lors moins élevé que le montant de la facture. L’expert réalisa sa méprise et s’exclama : « Ah oui, d’accord ! Aah ! Vous êtes honnête, vous ! ».
Lorsque nous arrivâmes au cas de la sculpture, je lui expliquais que j’étais désolée, mais que je ne pouvais pas produire de facture puisque c’était un cadeau. Je n’avais aucune idée de sa valeur, mais j’imaginais qu’elle devait coûter au moins 200 euros, comme je l’avais chiffrée sur ma déclaration. L’expert me répondit alors : « Puisque vous êtes très honnête, je vais vous la compter 300 euros pour le remboursement ».
Aujourd’hui, je me souviens de cette anecdote qui me fait sourire. Récemment, j’ai consulté Internet pour savoir à combien cette sculpture de la « maternité » était estimée. J’ai découvert que sa valeur se situait dans une fourchette de 12000 à 15000 euros. Certes, avec le remboursement reçu, j’étais loin du compte.
Mais la bienveillance avec laquelle l’expert avait décidé d’augmenter la valeur que j’avais déclarée pour cette « femme à l’enfant » m’enthousiasma tant qu’elle compensa la tristesse de l’avoir perdue.